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L’origine de l’Ekeko (par Antonio Paredes Candia)

 

La légende raconte que l’apparence actuelle de l’Ekeko provient de l’adaptation de l’idole tiwanacota (de Tiwanaku) par un jeune homme amoureux, Isidro Choquehuanca. La figurine était le cadeau d’au revoir qu’il avait offert à la belle Paulita, lors du départ de celle-ci chez la fille de leur maître, Doña Josefa Ursula de Rojas Foronda, épouse du brigadier des armées Don Sebastian de Segurola, lui-même gouverneur et commandant d’armes de la ville de La Paz et de sa circonscription.

À l’époque du siège de La Paz, l’idole devint populaire grâce au rôle qu’elle joua dans la libération de la ville. Celle-ci était assiégée depuis cinq mois, et l’eau et les vivres commençaient à manquer. Malgré cela, Paulita n’en souffrait aucunement, alors que ses maîtres ne mangeaient pas à leur faim. Chagrinée à la vue du père de Doña Josefa qui s’inquiétait pour sa fille, elle décida de partager avec eux son secret et se mit à leur rapporter des vivres dont l’origine restait un mystère.

Isidro, quant à lui, avait été recruté dans l’armée de Julian Apaza (plus connu sous le nom de Tupac Katari) et faisait partie de la sentinelle avancée de la colline du Calvaire. Il traversait secrètement les lignes de défense pour apporter de quoi subsister à sa bien-aimée.

Afin de ne pas exposer davantage son amant, Paulita préféra montrer l’idole à ses maîtres, qui, plongés dans l’angoisse et le désarroi les plus profonds, acceptèrent cette explication sans rechigner et remercièrent humblement l’idole indienne.

Un jour enfin, à l’arrivée de l’armée, la ville fut libérée. La terrible famine dont avait souffert le reste de la population avait épargné le brigadier et son épouse.

Accompagné du gouverneur Don Sebastian de Segurola, il voulut rendre hommage au fétiche indien qui les avait sauvés. C’est ainsi qu’ils décrétèrent que la foire qui avait jusqu’alors lieu le 20 octobre de chaque année, date de la fondation de la ville de La Paz, serait célébrée le 24 janvier. Lors de cette foire, on vendait ou troquait des Ekeko à l’image de l’idole de Paulita. Le gouverneur, sans plus fournir d’explications, donna sa parole d’honneur en déclarant que ces petites figurines porteraient chance à leurs propriétaires.

Par la suite, la libération de la ville permit un renouveau des traditions indiennes à travers cette sympathique superstition teintée d’optimisme, qui se propagea parmi tous ses habitants. Sans en avoir la prétention, le brigadier Segurola avait lancé un décret qui se démarquait de l’atmosphère de l’époque coloniale et républicaine de par son pittoresque et son innocence. Depuis, la tradition est restée profondément ancrée dans l’imaginaire populaire.

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